L’interview de Marielle Philip, créatrice de la start up Femer

L’interview de Marielle Philip, créatrice de la start up Femer

« Ce qui est important, c’est que ça commence dans l’assiette et ça finit en sac à main ! »

      

Nous sommes allés à la rencontre de la fondatrice de Femer, une jeune start up de la région qui travaille et propose des articles… en cuir de poisson !


  

C : Depuis combien de temps vivez-vous à Bordeaux ?

MP : Depuis l’âge de 18 ans à peu près, quand j’ai commencé mes études.

C : Où avez-vous fait vos études ?

MP : J’ai étudié à la faculté de droit de Bordeaux durant ma licence puis j’ai réalisé mon Master 1 à Paris et mon Master 2 à Montpellier. Ensuite, je suis partie faire mon stage de fin d’études à Mayotte, pas vraiment à côté. A la suite de ce stage, par choix et par envie, je suis revenue à Bordeaux où j’y suis installée depuis maintenant 5 ans.

C : Les raisons de cette envie de rester sur Bordeaux ?

MP : J’ai décidé de rester ici, car je suis originaire du Bassin d’Arcachon. Et puis Bordeaux, c’est une ville où il fait bon vivre tout en restant à taille humaine. C’est comme un petit Paris : on peut tout y faire mais c’est plus tranquille !

10405389_971262959554381_2676137520288046765_nC : Comment vous est venue l’idée de travailler le cuir de poisson ?

MP : À la fin de mes études en droit de l’environnement, j’ai commencé à chercher du travail. En fait, c’était un secteur très bouché contrairement à ce qu’on nous avait répété à la fac. Je ne me voyais pas du tout travailler pour des entreprises qui polluent la planète. Cela n’était pas du tout mon objectif et ne correspondait pas à mes valeurs.

Je devais être en seconde ou première, lorsque ma mère a découvert le cuir de poisson en Laponie. Là-bas c’est une tradition ancestrale. Je lui ai dit : « tu crois que je peux essayer de monter quelque chose ? ». Elle m’a répondu : « Fonce, moi je t’aiderai du mieux possible. Fais-le, en tout cas essaie. ». Bon la promesse c’était de ne pas mettre en caution sa maison ! (rires)

C : Vous créez le cuir de A à Z ?

MP : Je récupère les peaux de poisson crues. Au début je me déplaçais beaucoup, aujourd’hui il m’arrive aussi de les faire venir par transporteur. Lors de la première phase, il faut nettoyer les peaux, enlever la chair et les écailles en grattant. J’ai d’ailleurs créé un ESAT, un établissement d’aide par le travail (qui emploi notamment des travailleurs handicapés), pour préparer les peaux de leur côté.

Une fois que les peaux sont prêtes, vient le tannage, qui est 100% végétal. On utilise des tannins exclusivement extraits de plantes invasives, avec une capacité de renouvellement dans la nature qui est importante. Ces plantes sont principalement du mimosa et des noix de Galles.

C : Est-ce que la couleur du cuir dépend du poisson ?

MP : À l’origine, le cuir de poisson brut est beige rosé. Mais on peut lui donner toutes sortes de teintes, à part le blanc qui est très difficile à obtenir.

Je propose un large éventail de teintes et notamment des cuirs pailletés. Je fais également des commandes.

C : Avec quels types de poissons travaillez-vous ?

MP : Tous ceux qui sont mangés sans la peau à partir du moment où il y a une consommation du poisson en filet, car nous valorisons les déchets !

Sauf le merlu car la peau est trop fine : la préparation déchire la peau… Il n’y a donc pas grand-chose à faire avec ce poisson. Pour savoir, je les ai essayés tous un par un. D’autant plus que la recette du tannage n’est pas la même d’un poisson à l’autre, j’ai dois donc m’adapter.

La finalité est vraiment de valoriser le déchet en utilisant des poissons mangés en filet.

C : Sur quel type de produit adaptez-vous le cuir de poisson ?

MP : Sur tous les produits qui peuvent être travaillés avec du cuir. Par exemple, j’utilise beaucoup le cuir de saumon pour la fabrication de petites trousses car il est très résistantsans-titre

C : Sent-on l’odeur du poisson ?

MP : Les articles n’ont aucune odeur, sentez ! L’odeur du poisson est présente uniquement quand les peaux sont crues. Le tannage enlève complètement l’odeur. Il y a une technique bien sûr, mais c’est comme un cuir de vache, ça ne sent pas la vache… Pour cela, il faut que les peaux soient bien conservées et fraiches. Par contre j’ai les mains qui sentent fort le poisson, du coup je mets des gants. (rires)

C : Avez-vous déjà une clientèle régulière ?

MP : Oui j’ai une clientèle fidèle pour les bijoux, la maroquinerie, et les chaussures mais aussi des clients en one shot. Et puis je travaille surtout avec les grandes marques pour sécuriser le marché derrière. Pour l’instant ce n’est que le début, mais il me tarde d’avoir une petite équipe… 3 personnes serait déjà une bonne chose !

C : Où êtes vous installée ?

MP : L’atelier est sur le port de la Teste-de-Buche et là je suis en train de chercher un nouveau local un peu plus industriel, plus usine, du genre labo-chic. Je voudrais installer un petit showroom à côté, car pour l’instant je n’ai qu’Internet comme vecteur de commercialisation. Et j’aimerais le compléter avec une petite boutique.

C : D’où viennent vos partenaires ?

MP : D’Aquitaine uniquement pour valoriser les produits locaux. La valorisation des peaux marines de la région pourrait créer jusqu’à 50 emplois. Et puis c’est dans l’assiette et ça finit en sac à main c’est ce qui est important.

C : Vous consacrez-vous à cette activité à plein temps ?

MP : Il faut sinon ça ne se développe pas. Donc pas le choix. L’avantage c’est que je suis beaucoup moins dépensière qu’avant car je n’ai plus le temps d’aller faire les magasins. Mais je prends le temps de sortir quand même dans Bordeaux !

J’aime bien le Sitio, à côté de la grosse cloche. Le Saint Borissum aussi, un petit endroit que j’ai découvert récemment, à St Michel, très sympa ! Le mojito est à 4€ durant l’Happy Hour donc ça vaut le coup et en plus c’est très bon.

C : Pouvez vous décrire le cuir de poisson pour les lecteurs qui n’en ont jamais vu ?

MP : C’est un cuir qui se situe entre le python et le croco… Ça se rapproche du serpent mais je préfère le fait de penser à une peau de poisson plutôt qu’à une peau de serpent. Ça fait moins peur… J’ai déjà touché une peau de serpent, beurk ! C’était en cuir mais bon…

C : Pouvez-vous nous parler de vos créations ?

MP : J’ai fait unpartenariat avec un maroquinier qui est dans le Limousin et qui s’appelle Daguet. C’est eux qui ont réalisé cette pochette. Ils ont également réalisé des petits bracelets qu’on a fait et qui sont en vente sur mon site Internet. Maintenant, on devrait partir sur un sac à main qui est en cours de création. Il y a aussi des chaussures de bébé et d’autres projets.

Notre crédo : c’est un créateur qui a rencontré la peau marine et de là sont nés les objets. Et ce sera toujours Daguet pour FEMER, je ne ferai jamais une marque à part entière, toute seule.

Mais là je suis en train de travailler sur de nouvelles textures pour faire du cuir à vêtement. Bientôt je vais lancer un petit proto, une veste en cuir.2

C : Et pour vous promener le dimanche, vous avez un petit coin à nous conseiller ?

MP : J’aime bien aller sur le bassin d’Arcachon, le week-end, quand il fait beau. Sinon j’aime bien me promener Place du Palais, sur les quais ou encore dans le quartier Saint Pierre.

C : Si vous pouviez décrire Bordeaux en 3 mots ?

MP : Vieilles pierres. Chaleureux. Et puis convivialité autour des plaisirs du vin car c’est important !

C : Avez-vous une adresse un peu dans votre esprit local à nous conseiller ?

MP : J’aime bien la Belle Campagne et son concept d’afficher la tête du paysan sur la carte !

 

Si vous souhaitez en savoir plus, rendez-vous sur la page Facebook de Femer (ici) et sur son site Internet (🙂